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Histoire du Lougre

"Lougre", "Chasse-marée", "Bisquine"... ébauche de définitions.

Qu'est-ce au juste qu'un "lougre" ? Et comment le distinguer d'un "chasse-marée". Au delà de leur indéniable poésie salée, on sait bien que ces mots désignent, grosso modo, des caboteurs à trois-mâts gréés de voiles au tiers. Mais il faut reconnaître qu'on a du mal à sortir d'un certain flou. Essayons d'y voir clair, en simplifiant au maximum.



Au XVIIIe siècle

  

    Qu'appelait-on Lougre ?

On appelle en Manche, lougre (il s'agit semble-t-il, d'une adaptation de l'anglais lugger) un bateau à trois mâts gréant misaine, grand voile et tapecul au tiers, s'y ajoutent un hunier et un foc. La plupart de ces bâtiments longs de 15 à 25 m sont légers (souvent construits en clins) et survoilés. Il s'agit surtout de bateaux, de transport rapide (contrebande), de course, ou de guerre, même si les lougres caboteurs apparaissent à la fin du siècle. Cette appellation "Lougre" est pour ainsi dire inconnue en Atlantique

   

    Qu'appelait-on "Chasse-marée" ?

Le terme ancien de "Chasse-marée", désigne à l'origine le métier de mareyeurs et routiers qui acheminaient le poisson vers les lieux de consommation. 

Au tout début XVIIIe siècle, il s'applique en Bretagne atlantique à une grande chaloupe de pêche morbihannaise, très rapide, gréée de deux voiles au tiers, pontée devant et derrière qui, à la saison, va sur les lieux de pêche acheter la sardine aux pêcheurs avant de la porter légèrement salée dans tous les ports de Nantes à Bordeaux. Ce métier capital pour la Bretagne Sud gardera toute son importance jusque vers 1860-1870 (généralisation des usines de conserve).




   
A partir du milieu du XVIIIe, les bateaux de ce type commencent à grandir et à se livrer toute l'année au transport. Grâce à leurs qualités de marche, ils détrônent bientôt pour le cabotage la plupart des unités à voiles carrées de type plus ancien et de formes plus lourdes. Une partie des marins pêcheurs du Morbihan qui armaient les premières chaloupes se spécialisent désormais dans ce métier. Vers 1870, il existe sur toute la côte atlantique des centaines de "chasse-marée" de 10 à 18 m de long (les plus grands ont un tapecul et un hunier). Ils gardent en gros leurs formes d'origine (cul rond, étrave arrondie) et sont connus exclusivement sous le nom de "chasse-marée" bien que les plus grands ne pratiquent plus ce métier et vont jusqu'en Baltique et parfois aux Antilles.


Au XIXe siècle


    Que deviennent les "Chasse-marée" ?

Pendant toute la première moitié du XIXe siècle ces bateaux continuent à dominer totalement le cabotage atlantique. Le gréement à grand voile amurée "sur le bord" a disparu après la révolution (on parle désormais du seul "taillevent"). La manœuvre en est très simplifiée. Il y a jusqu'à 400 "chasse-marée" armés sur le golfe du Morbihan en 1840, et des centaines d'autres sur toute la côte. Mais autour de 1850, on cesse peu à peu de construire ces grands "chasse-marée" à cul rond. Par ailleurs, le trafic de la sardine est repris par des chaloupes de pêche armées par d'autres marins (les Grésillons).


Il y a désormais risque de confusion, puisque ce ne sont plus les bateaux appelés "chasse-marée" qui font ce métier, et le terme va tomber peu à peu en désuétude. Malgré tout, dans certaines régions, (à Pont-Aven, par exemple), le mot continue d'être employé pour désigner divers types de caboteurs gréés au tiers, alors que l'administration et la majorité des marins parlent désormais de lougre pour désigner les "chasse-marée" à cul carré.

  
      L'apogée des Lougres

Vers le début du XIXe, une fusion se produit entre le type des lougres de cabotage de la Manche et celui des gros "chasse-marée" à cul rond d'Atlantique. Un caboteur à voiles au tiers presque standard, au même titre que les bricks, goélettes, etc, apparaît sur toutes les côtes de France, de Bayonne à Boulogne; certains de ces caboteurs sont parfois appelés bisquine (de cabotage) en Normandie mais en fait il s'agit du même type de bateau, qui presque partout est désormais qualifié de lougre. C'est semble-t-il l'administration maritime qui a imposé ce terme.

Le lougre caboteur du XIXe qui peut aller de 14 à 23 m, se caractérise par son arrière à voûte, et peut-être un grand mât plus vertical. En Bretagne sud, la terminologie est encore un peu hésitante dans la deuxième partie du XIXe siècle puisque l'Amiral Paris parle encore d'un "chasse-marée" à arrière carré du Pouliguen. Par la suite, les choses deviennent plus claires et on ne parle plus que de lougre pour désigner les gros caboteurs à voile au tiers, y compris en Bretagne Sud.

C'est pour cela que l'association a choisi de s'appeler "Lougre de l'Odet".

d'après l'article de Bernard CADORET publié dans le n°1 du bulletin de l'association

Lougre vu par la hanche de tribord vent largue